EN réaction à l'article paru dans le journal “Témoignages” (La Réunion) en date du 17 avril 2007, je tiens à adresser un droit de réponse aux signataires dont l'E-mail figure au bas de l'article. Cet article titré “Pour un règlement de la question de l'île comorienne de Mayotte” amène trois interrogations, dont je vous laisse le soin de répondre en toute objectivité comme j'essaie de le faire dans ces lignes. Premièrement, il me semble pour le moins choquant d'adresser ce courrier au futur Président de la République française émanant de « nous, les Français originaires des Comores ». En choisissant d'être Français, le moindre des respects pour votre pays est de ne pas mettre en doute son intégrité territoriale. En outre, votre identité affichée de « Français originaires des Comores » annihile totalement vos propos : qu'ils émanent de Comoriens vivant aux Comores serait presque compréhensible. Sauf que, vous oubliez de le citer dans votre “article”, les Comores n'ont d'Indépendance que le statut politique, l'économie formelle et surtout informelle dépend encore de la France, premier partenaire commercial et premier pourvoyeur de transferts de fonds venant de la communauté que vous représentez (quelques 40 millions d'euros chaque année).
Deuxièmement, quelle déconsidération de vos cousins mahorais qui ont voté presque à 100% lors des trois référendums organisés pour leur choix de rester ou non Français ! Le dernier en date, en 2000, a vu plus de 70% des votes en faveur du “oui”, les 30% de “non” restants sont attribués en majorité aux partisans de l'ex-parti MDM (Mouvement Départementaliste Mahorais) qui prônait pour un département français tout de suite, raison du “non” au référendum qui signifie “oui” pour la France ! Vous oubliez de préciser aussi dans cet “article” que Mayotte est habité aujourd'hui d'environ 50.000 Comoriens, soit le tiers de la population de Mayotte. Ils fuient pour rejoindre la France comme vous qui avez le privilège d'y vivre, même si vos propos sont ambigus à son égard. Ceux-ci ont fui la Grande Comore, Mohéli ou Anjouan, en proie à la misère et à la corruption de ses politiques (« Il n'y a qu'un domaine dans lequel vous êtes champions du monde, c'est le nombre de ministres par habitant », déclarait un émissaire du FMI en visite dans l'île en 2003) ; en cela, votre archipel n'a pas trop changé de celui hérité des Sultans batailleurs qui se disputaient ses esclaves et ses richesses avant l'arrivée des “colons blancs”.
Cela m'amène au troisième point que je voulais soulever : Il n'y a jamais eu d'unité comorienne, n'en déplaise aux esprits politiquement corrects que vous représentez. Là-dessus, toutes les sources historiques sont formelles : au début du XIXème siècle, les Comores étaient en proie aux razzias malgaches et aux génocides inter-îles. La seule unité de cet archipel n'a duré que le temps de la colonisation, soit de 1841 à 1975, alors (enfin apaisé) et réuni sous la bannière du protectorat français puis de “Madagascar et dépendances”. C'est pour éviter ce retour aux affres du passé que des femmes mahoraises notamment ont tout fait en 1974 pour éviter un retour dans le giron comorien. Tout écrit partisan qui espère faire croire le contraire ne peut être taxé que de révisionniste. A l'instar de ce qui se passe aujourd'hui en Afrique où l'on voudrait faire porter au “méchant Blanc” le chapeau de tous les malheurs d'aujourd'hui, certains Comoriens, maîtres dans l'art du double langage (vivant en France, mais dénonçant sa présence aux Comores), n'hésitent pas à écrire aujourd'hui que « la question de l'île comorienne de Mayotte est source de toutes les souffrances que vit le peuple comorien depuis son indépendance », pour reprendre vos propos ! Cette situation se traduit par un mot : révisionnisme historique ! Car il s'agit bien de cela qui peut se lire en filigrane de vos propos : en reprenant à votre compte (mais dans quel but ?) l'esprit du politiquement correct qui fait tant de mal en France et dans ses anciennes colonies, vous devenez les prophètes d'un mal qui peut se traduire directement par néocolonialisme. Car, en fait, et à l'instar de cet esprit panafricaniste nauséabond qui demande éternellement réparation aux anciennes colonies, la seule issue à vos cris de désespoir se traduit par autant d'espèces sonnantes et trébuchantes pour aider encore les Comores. C'est cela le néocolonialisme, n'en déplaise à vos esprits chagrins qui prétendent dénoncer les abus de la France outremer depuis leur appartement réunionnais, marseillais ou parisien.
Enfin, je reste toujours choqué du fait que ce genre de propos émane d'organes de presse ancrés nettement à gauche comme le journal “Témoignages”. La philosophie communiste n'est-elle pas basée sur la liberté et donc « le libre choix des peuples à disposer d'eux-mêmes » ? (comme pour les Mahorais). Aussi, j'envoie une copie de ce courrier à cette Rédaction qui gagnerait en objectivité à le publier (mais permettez-moi d'en juger !).
Pour le mot de la fin, si cela peut vous rassurer, sachez que j'aime les Comores, Mayotte et leurs populations si attachantes. Je crois qu'il faut arrêter de perdre du temps en querelles stériles. Vous oubliez dans votre “article” de signaler que l'île d'Anjouan a voulu faire sécession de l'Union des Comores en 1997 pour tendre la main à la France. En bref : ne peut-on pas imaginer une voie de développement gérée par un système de coopération entre les quatre îles : les trois comoriennes ayant déjà un statut d'autonomie, la quatrième, Mayotte française, en tant que tête de pont vers la France et surtout l'Europe ? Prenez l'exemple des Mauriciens : leur décolonisation en douceur s'est traduite rapidement par une coopération intelligente avec l'Angleterre et le Commonwealth : pas de ranc½ur, ni de révisionnisme aujourd'hui, mais des résultats qui sont cités en exemple sur la scène internationale.
Mon seul souhait dans ce courrier étant d'engager un débat constructif et non plus, s'il vous plaît, de querelles stériles sous fond de panafricanisme désormais anachronique. Dans l'attente de vos réponses, je vous souhaite de voter pour le candidat qui saura le mieux défendre le développement économique plutôt que l'assistanat.
Kwaheri !
Ecrit par : Jacques Rombi, Journaliste dans l'Océan Indien, Résidant dans l'île française de Mayotte de 2000 à 2004. “M'zungu”, auteur de deux livres sur les Comores : “Mamoudzou, Mutsamudu, deux villes, un devenir” (Ed du Baobab, 2002) “La Réunion, Mayotte, Comores, Marseille, le Grand archipel” (Ed Studiopresse 2005)